« Plus qu’une fonction
publique, le maire a une mission sociale. Il doit toujours faire
passer la valeur humaine avant la valeur de l’argent » :
Armand Jund.
(Photo « LE PAYS »
- D. G.)
| Carte
d'identité |
Commune : Eloie
Altitude : 402 m
Canton : Offement
Communes limitrophes : Grosmagny, Anjoutey,
Roppe, Vétrigne, Offemont, Valdoie, Sermamagny, Chaux.
Superficie : 554 ha
Surface boisée : 376 ha |
Population : 891
Densité : 160/km²
Chômeurs : 31
Maire : M. Armand Jund
Adjoints : Michel Oriez, René Bey,
Daniel Duguet, Mme Yvette Paris.
Nombre de conseillers : 15 |
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Dans
le petit monde politique belfortain, il est connu comme le loup blanc,
l’«Armand». Il est vrai que ce stakhanoviste de la chose publique
cumule et collectionne les fonctions, mandats et responsabilités.
Outre son écharpe de maire d’Eloie, Armand
le polyvalent est en effet administrateur de la Caisse d’allocations familiales,
du parc naturel des Ballons, de l’office public des HLM, du Lycée
Agricole, conseiller du district, vice-président du comité
interprofessionnel du logement de Belfort, vice-président de l’association
du Massif vosgien, président des communes forestières, des
foyers ruraux et de l’APLEA (association pour les loisirs de l’enfant et
de l’adolescent).
Bref, un seul porte-manteau ne suffirait pas
à accueillir toutes les casquettes d’Armand Jund. Sans oublier qu’Armand
le militant a aussi d’importantes responsabilités syndicales.
LA MAIRIE ET L’ECOLE
Mais Armand Jund, c’est d’abord un maire de trente
ans, une longévité record. C’est en effet le 15 décembre
1966, une date qu’Armand l’éléphant de la politique n’est
pas prêt d’oublier, que le conseil municipal d’Eloie a élu
à l’unanimité moins une voix, (la sienne) Armand Jund au
poste de maire.
Cette élection est exceptionnelle car
elle doit pourvoir au remplacement de Jean Pujod, le maire élu en
1965, décédé en novembre 1966. |
Secrétaire
de mairie depuis 1960, Armand Jund est fortement sollicité. Pour
respecter la loi, il démissionne de sa fonction de secrétaire,
est élu conseiller municipal puis maire lors d’une séance
émouvante présidée par le doyen d’âge qui n’est
autre que Joseph Jund, le père d’Armand.
Armand est en effet l’aîné des cinq
enfants de Joseph et Céline Jund, qui se sont installés à
Eloie alors qu’Armand n’avait encore que trois ans. De la petite maison
où s’entasse la famille Jund à l’école du village,
il n’y a que quelques pas de sabots.
Armand se révèle rapidement bon
élève et Mme Matringe, la dévouée institutrice,
conseille aux parents Jund de faire poursuivre des études à
Armand.
Inscrit à l’école pratique au 112,
avenue J.-Jaurès à Belfort, Armand justifie cette confiance
en obtenant CAP puis brevets d’ajusteur et de dessinateur industriel, des
parchemins-sésames qui lui permettent d’entrer à l’Alsthom
comme ajusteur-outilleur puis vérificateur au « Maroc »,
à la traction et enfin au bureau de dessin où il termine
sa carrière professionnelle en 1982.
LA FAMILLE ET LA MAIRIE
Entretemps, Armand le résistant, chef de
groupe du réseau Heidet, a été arrêté
à l’automne 44 à la frontière suisse, interné
à la caserne Friedrich, puis déporté en Allemagne.
Entretemps également, Armand le séduisant
a épousé Monique Baumgartner. Le couple aura trois enfants,
Christine, Hubert et Isabelle et aujourd’hui Armand le bienveillant est
quatre fois grand-père.
Côté politique, après l’élection
exceptionnelle de 1966, l’itinéraire d’Armand le performant est
jalonné de succès aux scrutins municipaux de 1971, 1977,
1983, 1989 et 1995, des élections successives qui permettent à
Armand le persistant d’entamer son sixième mandat consécutif
avec cette réflexion pertinente : « En 30 ans de maire,
j’ai vu passer bien des conseillers, mais j’ai surtout vu évoluer
et se transformer mon village ».
MÉTAMORPHOSE
De 1970 à 1995, Eloie s’est en effet considérablement
métamorphosé. Dans son paysage d’abord, avec le passage d’un
habitat rural traditionnel et groupé à un urbanisme diffus.
Des lotissements ont poussé comme des champignons sur tout le territoire
communal.
Les pavillons ont pris le pas sur les grosses
fermes et Eloie, de village agricole, est devenu commune résidentielle
habitée par des « Murbains », cette nouvelle
catégorie de banlieusards qui travaillent en ville et vivent à
la campagne.
Mutation dans les équipements et le mode
de vie ensuite. Pour accompagner la transformation et la forte progression
de la population (voir ci-dessous), il a fallu aménager et équiper
la commune, une besogne à laquelle Armand le prévoyant s’est
attaché avec une réussite et un bonheur certains puisque
grâce à l’adhésion précoce d’Eloie au district,
la distribution d’eau, la réserve incendie, le réseau d’assainissement
et le ramassage des ordures fonctionnent dans des conditions satisfaisantes,
malgré la dispersion de l’habitat, un atout pour la qualité
de vie, mais un inconvénient majeur pour l’équipement.
L'ÉCOLE ET LA MÉTHODE
Côté scolaire, la petite école
d’Armand a bien grandi. Un nouveau bâtiment a été construit
à l’arrière de l’ancienne école et le groupe scolaire
d’Eloie abrite désormais trois classes primaires et une classe maternelle.
Parallèlement, pour satisfaire aux besoins
en matière de loisirs culturels et sportifs, Armand le vigilant
a arraché des subventions, notamment régionales, pour faire
construire le long de la Rosemontoise, les « Courbes-Vernes »,
la maison communale du temps libre, à laquelle ont été
ajoutés terrain de boules et court de tennis en attendant une future
aire de sport.
Car Armand le clairvoyant s’est rendu compte
qu’un maire efficace est un maire qui ne reste pas dans sa commune, mais
qui est à l’écoute, qui participe, qui est sur le terrain,
qui multiplie les contacts et qui, grâce à un dense réseau
de connaissances et d’amitiés, est prêt à saisir toutes
les opportunités. D’où sa boulimie de casquettes et de dossiers.
Mais cette démarche n’est pas qu’intéressée.
Au contraire, l’homme est d’un naturel avenant, bienveillant, et une de
ses vertus cardinales est le respect des autres, partenaires comme adversaires.
Il avoue ainsi que si la dernière élection
municipale a été rude, l’opposition est constructive et joue
son rôle. Ainsi l’informatisation de la gestion communale a-t-elle
été réalisée à son initiative.
L'AVENIR ET LA PROMESSE
Armand le conscient sait également qu’on
lui reproche de s’accrocher à son fauteuil de maire, une accusation
qu’il réfute vigoureusement car Armand le conciliant sait aussi
être Armand le tranchant : « Je ne souhaitais pas me représenter,
précise-t-il, mais compte tenu du contexte des élections
avec trois listes s’affrontant, j’ai accepté, à la demande
de plusieurs amis, de me présenter une dernière fois ».
Il est vrai qu’après cinq mandats, ce
n’est plus la gloire qui fait courir Armand.
Pour rendre service, il continue donc d’entasser
les dossiers et de consacrer des heures et des soirées à
la gestion de sa commune. Mais bien sûr, ce mandat sera le dernier.
Armand l’attachant l’a promis…
René Grillon
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