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30 mars 1984 |
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Eloie, cité résidentielle
Ville dortoire cette définition d’Eloie est
tout à la fois juste et insuffisante. Juste parce que les habitants
de la commune n’y travaillent pas. Insuffisante parce qu’en fait de dortoir,
la commune rassemble des lotissements bien agréables et des maisons
d’habitation cossues.
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Eloie n’a pas une très vieille histoire.
Bien sûr on trouve des traces lointaines à la commune : 1347
et même 1024. Les etymologues, à force de contorsions savantes,
affirment que le terme Isolaugia, île marécageuse, aurait
donné successivement Islaugia, Eslaugia, Esloye et enfin Eloye.
Ils estiment que la justesse de leur déduction est confirmée
par le fait que la commune forme une espèce d’île entre deux
petits cours d’eau, la Rosemontoise et le Verdoyeux ...
En dépit de son caractère très
humdie, Eloie attire depuis une quinzaine d’années les salariés
d’Alsthom et Bull qui veulent construire sans trop s’éloigner de
leur lieu de travail.
Grâce à eux Eloie a multiplié
par sept sa population : 106 habitants à la fin de la dernière
guerre, 715 aujourd’hui. On continue à construire à Eloie.
Le cap, un moment fixé sur 1500 habitants, a été ramené
prudemment à 1200.
Mais la commune n’est pas loin d’atteindre la taille
critique qui justifiera l’implantation d’équipements collectifs
propres à vitaliser la vie communale et à donner à
la population un point de convergence.
Plus d’agriculteurs
Eloie souffre en effet d’un habitat très
dispersé. Huit lotissements ont été construits qui
forment autant de villages refermés sur eux-mêmes. L’école,
la mairie, la chapelle sont les seuls lieux où les habitants des
différents quartiers peuvent se retrouver : c’est peu.
Pas une épicerie, pas un boulanger. Pas un seul commerce seulement
un café dans lequel on peut trouver des cigarettes ...
Avant guerre, c’est l’armée qui animait le
village.
« On se réveillait au son du clairon
ce qui a fait des dégâts chez les filles »
se souvient quelqu’un. Les cavaliers de l’Armée venaient s’entraîner
sur le piton d’Eloie : une piste de deux kilomètres aujourd’hui
utilisée par les amateurs de ski de fond. Une compagnie de hussards
était installée dans la commune.
Aujourd’hui Eloie compte une petite entreprise industrielle,
et les hangars d’une entreprise de transport. Sept ou huit familles exploitent
quelques terres et des vaches laitières : mais il ne s’agit que
d’activités d’appoint. Aussi la commune a-t-elle du mal à
être autre chose qu’un lieu de résidence.
Longtemps les anciens du village ont été
perturbés par les nouveaux habitants « qui
passaient sans leur dire bonjour ».
Ca
s’est nettement amélioré, assure-t-on.
Cela s’améliorera encore si Eloie réussit
à créer un centre-ville et à y attirer des petits
commerces ...
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Une mairie pas comme les autres
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La mairie d'Eloie est un bâtiment
d’une rare simplicité : c’est tout simplement une maison d’habitation.
Construite en 1955, elle a abrité longtemps une famille de onze
enfants : celle de la propre soeur du maire. Derrière la maison,
il y avait un élevage de volaille dépendante d’une société
lorraine.
L’exploitation a fait faillite et la société
a racheté la maison. L’élevage a été confié
à quelqu’un d’autre mais a de nouveau capoté. La maison fut
remise en vente mais, au bout d’un an, restait sans acquéreur.
Le maire proposa à son conseil municipal
de l’acheter mais se heurta à un refus. Il fut quand même
décidé de déclarer la maison « d’utilité
publique ».
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De guerre lasse, le propriétaire lorrain
vint un beau jour trouver le maire et proposa de céder son bien
contre un chèque de 70.000 F à lui remettre de suite (c’était
en 1976). Les affaires administratives ne se règlent pas aussi facilement.
Mais qu’à cela ne tienne. Pour ne pas rater
l’affaire, Armand Jund obtint sur le champ un prêt bancaire ... en
cautionnant son propre terrain d'habitation. Le chèque fut signé.
Mais le maire en venant devant son conseil municipal s’entendit dire «
t’a qu’à te débrouiller ». L’affaire
s’arrangea deux années plus tard auprès de l’administration
fiscale parisienne.
Aujourd'hui la commune dispose d'une mairie acquise
à bon compte ...
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La piscine du lotissement : des difficultés

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Rares sont les petites communes qui disposent
d’une piscine.
On cite souvent Etueffont en exemple, mais on ignore
qu’Eloie à la sienne. Pas vraiment la sienne mais - et c’est encore
plus rare - celle d’un lotissement.
Les quarante-six familles qui habitent le quartier
du Verdoyeux ont leur piscine, construite au moment de l’édification
des pavillons. Le bassin d’eau est géré par le syndicat des
propriétaires. Une gestion pas très facile comme en atteste
le mauvais entretien de cet équipement exceptionnel.
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Les propriétaires disposent également
d’une antenne de télévision collective. Mais l’installation
se’st avérée insuffisante et un accord n’a pas pu être
trouvé sur le financement des travaux nécessaires.
Du coup les antennes individuelles commencent à
fleurir ...
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Ci-contre : l’entretien de la piscine pose
quelques problèmes
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Ci-contre à droite : décolletage
moderne est la seule entreprise industrielle implantée à
Eloie. L’usine emploie neuf personnes et dispose de quarante tours automatiques
qui permettent de réaliser des travaux de filetage pour les entreprises
locales, notamment Alsthom et Bull.
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Textes : Patrice MALINA
Photos : Bertrand LE NY
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Passé le virage du cheval blanc, on
est au centre d’Eloie. Un village dont l’histoire reste à construire
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La chapelle-dancing : l’office est célébré
une fois par mois

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Les paroissiens d’Eloie qui veulent aller
à la messe tous les dimanches doivent se rendre à Grosmagny.
Eloie possède bien une chapelle mais on n’y célèbre
l’office qu’une fois par mois, les jours de fêtes et aux enterrements.
Le mercredi matin le curé Edmond Fesselet
prend possession des lieux pour les cours de catéchisme. Le reste
du temps la chapelle est très disputée : elle sert de salle
communale ; on s’y réunit ; on y danse ... « C’est
pas la solution » estime le maire en soulignant que
«
Les anciens sont gênés ».
La commune voudrait bien réserver la chapelle
au seul culte. Pour ce faire il est question de construire prochainement
une « maison du temps libre » : 311
m2 de surfaces avec une salle polyvalente, une cuisine, une salle de réunion
... Un terrain de 3 ha 22 a été acquis. On y construirait
deux cours de tennis, un terrain de football, des parkings qui pourraient
servir de place de marché si les commerçants ambulants s’y
intéressent.
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Armand Jund :
maire à tout faire
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Armand Jund croqué par notre ami Michel Schuller
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Armand Jund, 56 ans, est un personnage.
C’est l’homme à tout faire d’une commune où il n’a pas vut
le jour mais qu’il n’a guère quittée depuis que ses parents
s’y installèrent, alors qu’il avait trois ans.
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Dessinateur aux études à
l’Alsthom (et à la CGEE), Armand Jund y a fait pratiquement
toute sa carrière, mis à part une escapade à l’ASCO
de Giromagny. Trente-deux ans délégué du personnel,
Armand Jund connait tout du syndicalisme et tout les syndicats : i1 a été
à la CGT, puis à FO, à la CFTC et enfin à la
CFDT. Homme de conviction, ce militant socialiste n’est évidemment
pas un homme d’appareil : il aime à dire ce qu’il pense, même
s’il y met beaucoup de rondeur.
Armand Jund à un gros défaut : il
est trop serviable. Il ne voit pas malice à ce qu’on le dérange
le dimanche matin pour obtenir un certificat d’état-civil. Et jusqu’à
ce que la place soit proposée à un chômeur du village
il a mené avec entrain le rôle de cantonnier d’Eloie,
récurant les fossés en été et chassant la neige.
S’il n’y avait qu’Eloie, les choses seraient peut-être
simples. Mais Armand Jund est partout. Il préside une dizaine d’associations
et a accepté un poste d’administrateur ou de trésorier dans
une vingtaine d’autres.
Les permanences HLM
Son départ en pré-retraite de l’Alsthom
ne lui a pas laissé plus de loisirs. Il faut dire qu’il ne fut pas
le dessinateur le plus productif de l’entreprise : sans arrêt le
téléphone sonnait pour lui et il fallait bien que ses collègues
prennent les appels pendant qu’il courait d’une réunion à
l’autre à l’extérieur de l’usine ...
Armand Jund n’est plus administrateur de l’office
HLM : d’un coup cela a supprimé les queues que formaient, chaque
mardi en mairie d’Eloie, les demandeurs de logements venant exposer leur
cas. « Ici, c’était les permanences HLM
» se souvient-on !
Armand Jund est devenu maire en 1966 à la
mort du premier magistrat de la commune, M. Putod. Depuis
1957, il en était le secrétaire de mairie. Le conseil lui
a demandé de se présenter à l’élection partielle
et l’a ensuite désigné pour diriger la commune.
Il a fallu trouver un nouveau secrétaire
de mairie. Armand Jund en a épuisé onze (dont deux dépressions
nerveuses) avant de recruter, en 1972 ... la fille de celui dont il fut
lui-même le secrétaire de mairie.
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| Les calvaires protecteurs
En 1910 la foudre a détruit trois fermes
d’Eloie. Pour conjurer le mauvais sort trois calvaires ont été
édifiés sur les lieux des destructions. Deux d’entre eux
ont été conservés. |
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| Les forêts de Mme Giscard d’Estaing
La commune d’Eloie compte beaucoup de forêts.
Mais beaucoup d’entre elles ne lui appartiennent pas. Evette, Anjoutey,
Grosmagny sont propriétaires sur la commune. L’armée dispose
de 143 hectares qui servent à ses entraînements de tirs.
D’autres forêts sont exploitées par
des propriétaires privés dont Mme Giscard d’Estaing. L’épouse
de l’ex-président de la République serait devenue propriétaire
par héritage ... |
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Un cimetière champêtre unique en Franche-Comté

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Jusqu’en 1976, la commune d’Eloie n’avait
pas de cimetière. Les défunts étaient enterrés
à Grosmagny, commune dans laquelle Eloie avait, et a toujours, quelques
participations : un cinquième de l’église, de
la cure, du cimetière et du monument aux morts !
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Des Belfortains demandent à se faire
enterrer à Eloie. La commune envisage le création d’un colombarium
si la demande s’en fait sentir ...

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L’accroissement démographique d’Eloie
(sa population est aujourd’hui le double de celle de Grosmagny) justifiait
la création d’un cimetière. A coup sûr, grâce
à Armand Jund, on allait avoir quelque chose d’original. Et ce fut
un cimetière champêtre, le seul de Franche-Comté. Et
une petite révolution dans le village.
Deux personnes sont à l’origine de cette
réalisation : un conseiller municipal qui avait demandé à
être enterré sous un chêne et le professeur en géologie
Théobald auquel on avait demandé une étude de sols.
«
Pourquoi couper les arbres ? »
interrogea le professeur après avoir examiner
le terrain boisé destiné à devenir un cimetière.
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On convint donc de faire un cimetière
champêtre, à l’orée du village : une zone organisée
pour ceux qui veulent des tombes alignées, une zone diffuse pour
ceux qui souhaitent être enterrés au pied d’un arbre.
C’est assurément le plus plaisant cimetière
de la région. Un ruisseau y coule, un puits a été
aménagé, des arbres fruitiers plantés. Le cimetière
est devenu un lieu de promenade pour les amoureux. Les amateurs de boules
sont même venus y disputer des parties avant qu’on ne leur demande
un peu plus de respect pour les défunts.
L’histoire des premiers enterrements vaut d’être
contée. Le premier défunt inhumé fut Lucien Duguet,
conseiller municipal. Il voulait reposer près de son chêne
et avait consigné sa volonté dans un testament. Mais à
sa mort, en janvier 1976, le cimetière n’était ni créé,
ni autorisé. Qu’à cela ne tienne : l’enterrement eut bien
lieu au pied du chêne. Emoi du préfet qui demanda quelle était
l’entreprise responsable des travaux. L’affaire n’alla pas plus loin :
c’était les Ponts et Chaussées.
Quelque temps plus tard le cimetière fut
créé. Mais rapidement le préfet s’inquiéta
à nouveau. « Il y a une épidémie
dans votre commune ? » demanda-t-il au maire. En quelques
semaines, une dizaine de tombes avaient fleuri !
Il s’agissait en fait de déménagement
: le samedi matin, à l’aube, le maire et quelques amis s’en allaient
déterrer des corps à Grosrnagny, pour les ramener dans le
cimetière de la commune. Avec l’accord des familles bien sûr.
Et gratuitement ...
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